19 novembre 2017

Robert Swider, l’as de la mécanique

Robert Swider, l’as de la mécanique
A l’occasion de la fête de Saint-Martinien, début juillet, Robert Swider, ici sur un SFV 402, prend toujours plaisir à conduire et à exposer ses tracteurs. © Photo Cécile Champagnat

« Tous les jours ou presque, il y a un tracteur qui roule ». A Domérat dans l'Allier, Robert Swider, 69 ans, cultive sa passion de la mécanique avec des engins agricoles.

 

Vous en avez combien des tracteurs ? « Euh, je ne sais pas. Dix, peut-être douze. Il faudrait les recompter comme il faut », sourit Robert Swinder, le regard plongé dans les certificats d’immatriculation. Les engins agricoles qu’il a amassés au fil des années n’ont pas d’espace dédié. Une belle grange, par exemple, qui pourrait les protéger des rigueurs de l’hiver. L’homme le reconnaît volontiers, il n’est pas très ordonné.

Des mains en or

Le visiteur découvre un tracteur caché sous un amas de tôles, trois autres protégés par un abri sommaire. Qu’on se le dise, Robert Swider n’est pas de ceux qui passent toutes leurs journées à lustrer et à s’émerveiller de leurs « conquêtes ». Son truc à lui, c’est plutôt la « bricole ». Le plaisir de démonter un tracteur de A à Z. Changer les pièces défectueuses et le remettre en état de marche.

Entouré de ses amis, dans son atelier, où il peut rester des heures sans voir le temps passé. L’homme a des mains en or – un CAP de tourneur/fraiseur et un CAP mécanique générale, ça aide –, et il sait s’en servir pour couvrir une charpente ou faire de la maçonnerie.

Quand on lui demande d’ouvrir la boîte aux souvenirs, Robert Swider se revoit à l’âge de dix ans. « Le grand-père qui habitait “La Croze” à Huriel avait acheté un tracteur. C’était un Farmall Cube, un dix-huit chevaux essence avec un volant décalé pour laisser une place à la barre de coupe. Il l’utilisait pour labourer et faire le foin. » En avril 1969, Robert Swider a vingt ans. Il vient de finir l’armée quand son grand-père lui fait une étrange proposition. « Il m’a dit que si je voulais le tracteur, je pouvais le prendre. Cela faisait plusieurs années qu’il ne s’en servait plus, qu’il n’avait pas tourné. » Ce jour-là, le jeune homme ne sait pas encore qu’il vient de mettre le doigt dans l’engrenage. Car ce tracteur n’est pas destiné à la collection. Il va servir à papa Swider pour labourer le terrain familial de 5.000 m².

 

« La peinture m’a coûté un casse-croûte » 

 

Très vite, l’engin agricole montre ses limites. Il faut acheter plus costaud. Adieu le Farmall Cube de 1965 – « ça m’a fait un peu mal de le vendre mais il fallait passer par là » –, bonjour le Ferguson MF 37 et ses trente-cinq chevaux payé entre 12.000 et 14.000 francs. Le nouvel engin est utilisé pour transporter le sable et le gravillon de Saint-Victor dont se sert Robert pour agrandir la maison familiale.

A l’occasion, le tracteur fait son petit tour en forêt de Tronçais pour débarder du bois. « Pendant dix ans, je suis allé dans le secteur de Meaulne pour faire du bois de chauffage. » En 1990, le Domératois passe la vitesse supérieure et achète le Ferguson 1080 « donné pour cent chevaux ». « J’avais désossé un camion que j’ai transformé en remorque pour ramener du bois de la forêt de Soulongis du côté d’Hérisson. » 

Chez Robert Swider, le côté collectionneur est surtout apparu avec le Société Française de Vierzon. Il a acheté son premier SFV en 1982. Un tracteur très souvent utilisé pour « faire tourner les batteuses » mais progressivement délaissé.

« Aujourd’hui, c’est très difficile d’en trouver un. Les Hollandais se sont pris d’intérêt pour cette marque. Ils en ont rapatrié beaucoup chez eux pour leurs fêtes nationales. » Robert possède unn SFV 401, un 402 et un 201 en état de marche. Deux 201 restent à restaurer. Robert a également fait main basse sur un Pony de la marque Massey-Harris, un Mc Cormick EU 423, un Agrip (un gros tracteur forestier) et un Yanmar. Sa dernière acquisition !

Serge Vernois, le président du Motoclub de Montluçon, s’en servait pour refaire la piste de Quinssaines. « La boite de vitesse avait explosé. Il m’a dit : “si tu le veux, tu le prends. Sinon, je l’amène à la casse”. » Un mot impossible à entendre pour Robert qui a pris illico le 4x4 et la remorque pour récupérer l’engin. « J’en ai eu pour 1.500 € de réparation. La peinture m’a coûté un casse-croûte. » Il y a quelque temps, un monsieur lui a proposé douze tracteurs. Pour seulement 1.500 €. Là, Robert a dit stop. « Je vais bientôt avoir 70 ans. Ce n’était pas raisonnable ». Alors, fini les tracteurs ? Pas sûr. « Je ne m’interdis pas d’en retaper d’autres ».

Fabrice Redon 

La Montagne 08/11/2017