21 novembre 2017

Les compagnons de la distillation prêts pour leur campagne hivernale

Les compagnons de la distillation prêts pour leur campagne hivernale
En hautàgauche, Raymond Auroy finalise le montage de l’alambic, sous le regard bienveillant de ses potes de l’association. Les compagnons seront sur place pendant un bon mois et demi. L’occasion de passer de bons moments ensemble et de trinquer aussi. © Photos Florian Salesse

Depuis bientôt vingt ans, l’association l’Alambic domératois (Allier) transforme, chaque hiver, raisins, prunes, poires et pommes en eau de vie. Une manière de préserver la tradition de la distillation artisanale, et pour ses membres de cultiver leur amitié.

 

Jeudi 16 novembre dans la matinée, rue du Bartillat, dans le petit village de Crevant à Domérat. La brume enveloppe encore la campagne alentour, mais les membres de l’Alambic domératois sont déjà sur le pied de guerre et s’affairent à préparer leur dix-huitième campagne hivernale. Tout doit être calé pour lancer la distillation qui commencera le lendemain.

Pour se réchauffer, Claude Ducher et ses compagnons ont même sorti un bout de casse-croûte qu’ils arrosent « avec modération » d’un canon de vin produit localement. Les anecdotes fusent, les sourires sont de rigueur. Dans la petite bande des huit retraités qui composent l’association, on a passé l’âge de se prendre la tête.

« Préserver une tradition »

Autour de Claude Ducher, quatre­-vingts ans : Alain Bresson, Philippe Cathaud, Robert Swider, Jean Odon, Guy Paillot, Christian Desgranges et Raymond Auroy. Ils ont tous soixante printemps passés et sont pour certains amis de quarante ans, voire anciens collègues de boulot. Cinq d’entre eux sont des anciens de la Sagem. Ils aiment bricoler et sont tous unis par une même envie « de préserver une tradition » dont ils redoutent « qu’elle s’arrête avec eux », souffle Claude Ducher. « On prend plaisir à entretenir une vieille machine et à la voir fonctionner », ajoute-­t-­il.

Ils ont récupéré l’alambic de l’ancien syndicat agricole de distillation en 2000, lui évitant au passage de terminer au rebus. Ils ont aussi patiemment remis en état la grange qui sert de siège à l’association. « C’était dans un état pitoyable », glisse un des mécanos. Depuis, l’alambic a notamment été costumisé avec un contrepoids « pour ne pas forcer quand on ouvre le couvercle et qu’on charge », explique Robert Swider.

Une eau de vie sort aux 50°

Le bouche à oreille leur a permis de se faire connaître petit à petit. En moyenne, ils distillent les fruits fermentés d’une bonne centaine de personnes par an. Beaucoup de gens du coin, mais aussi des gens du Cher « qui viennent même depuis Ligniè­res », lâche Philippe Cathaud.

L’eau de vie sort aux 50° réglementaires « avec une tolérance de plus ou moins 2° », précise Raymond Auroy, le bouilleur de cru de la petite troupe.  « Raymond, c’est notre alchimiste, explique Claude Ducher. Il a bossé un peu dans une distillerie quand il avait dix­huit ans. Il est le seul à savoir faire fonctionner l’alambic. C’est lui qui mène la danse, et qui voit si les fruits sont bons ou s’ils sont éventés. » Dès demain, il sera là tous les jours ou presque et assurera des chauffes pendant un bon mois et demi. Les copains seront souvent là aussi pour tailler le bout de gras, même s’ils sont plutôt pessimistes cette année. « Avec les gelées qu’on a eues, les ré­coltes n’ont pas été bien bonnes, déplore Claude Ducher. Depuis deux ans, on ne sort pas grand-­chose. »

On peut leur faire confiance, malgré tout, pour ne pas s’ennuyer. L’eau de vie est presque un prétexte pour ces compagnons de distillation, même s’ils ne crachent pas sur un petit verre. « L’hiver, quand on fait du bois, ça aide à se réchauffer », sourit l’un d’eux. Dans leur cas, c’est bien de la gourmandise, car ils ont de la chaleur humaine à revendre.

► Pratique. Les personnes qui souhaitent faire distiller leurs fruits peuvent s’adresser directement sur place à Raymond Auroy, pour prendre rendez-vous. Une participation est demandée pour permettre à l’association de faire face à ses frais de fonctionnement.

Michaël Nicolas

La Montagne 19/11/2017