17 novembre 2017

Le tracteur du futur laboure la Limagne avant de s'exporter

Le tracteur du futur laboure la Limagne avant de s'exporter
Léger, ce tracteur permet de ne pas tasser la terre et de labourer à un profondeur moindre. © Photo Jean-Louis Gorce

Le tracteur électrique de Sabi Agri a été conçu par Alexandre Prévault comme un robot qui se conduit avec un joystick. Léger et paramétrable en fonction des besoins, il est sur le point d’être commercialisé.

 

Ce qui frappe, c’est le bruit.  L’absence de bruit plutôt. Le tracteur électrique créé par Alexandre Prévault, équivalent au 40 cv thermique, ne fait pas plus de battage qu'un jouet télécommandé.

Visuellement aussi, Albo ne ressemble pas aux engins que l’on a l'habitude de croiser dans les champs.

“On peut imaginer beaucoup de choses autour du tracteur de base, assure son créateur. C’est comme une brique de LEGO. Sur l’aspect mécanique, chacun peut bricoler ce qu’il veut et être créatif, on peut modifier la position du siège, l’emplacement du joystick. Et c’est aussi un LEGO informatique, on peut rajouter les briques que l’on veut, en robotique ou cobotique”.

Mariage entre mécanique et électronique

Au départ, il y a un fils d’agriculteurs de la Limagne qui fait des études d’ingénieur à l’Ifma, aujourd’hui  Sigma-Clermont, en mécatronique, alliance de la mécanique et de l’électronique. Après son diplôme, il valide la formation agricole pour être chef d’exploitation. Début 2016, l'étudiant se met à fond sur le projet de tracteur, destiné dans un premier temps à une exploitation de maraîchage.

Accompagné par l’incubateur Busi, suivi par les dispositifs de la Maison Innovergne, Alexandre Prévault développe son tracteur pendant un an. Présenté au salon Tech Bio en septembre, le salon de référence des techniques bio et alternatives,  l’engin a fait un tabac au point de remporter l’un des prix du concours Technovations.

“Le tracteur électrique existe déjà mais cela n’a aucun intérêt à mon sens. On a pris un tracteur traditionnel, on a enlevé le groupe moteur propulseur et on a mis un groupe électrique. Après, on a gardé la même architecture et toutes les tares. ”

On s’est dit : maintenant on a une propulsion électrique, comment on réfléchit à répondre aux fonctions agronomiques ?

C’est pour cela que l’architecture est différente.  Sur la conception, on est plus sur le robot mais pour la fonction on est pleinement un tracteur.

En phase de présentation avant l'ouverture de la commercialisation

Ce tracteur électrique, qui se conduit avec un simple joystick de jeux vidéo, est en action à Gerzat, sur les 2,5 hectares d’une exploitation de maraîchage en création, à l’objectif 100 % électrique.

“Je veux prouver que oui on peut changer de paradigme et aller sur une pratique extrêmement efficiente au niveau énergétique et sur les pratiques agronomiques. En agroécologie, on sait que si on va à 30 centimètres dans la terre, il n’y a qu’une seule raison : c’est qu’on a tassé auparavant. Sinon, il n’y a besoin que des dix premiers centimètres. En ne tassant pas la terre, on peut s'en contenter et donc travailler avec un outil plus léger. ”

 

 

 

Construit selon le schéma start-up, le projet d’Alexandre Prévault entre aujourd’hui dans une phase cruciale : celui du test marketing avant les premières commercialisations.

Au-delà du maraîchage, ce tracteur paramétrable  (on peut le fabriquer moins large ou  plus ou moins haut que la première version) et polyvalent intéresse le monde de la vigne. L’arboriculture et les paysagistes sont également des cibles.

 

Philippe Cros

La Montagne 16/11/2017