20 novembre 2015

Le Birlou - Y’a d’la pomme, de la châtaigne et surtout une identité

Le Birlou - Y’a d’la pomme, de la châtaigne et surtout une identité

D’une recette maison sans prétention, Henri Monier a créé tout un monde autour de sa liqueur à base de pomme et de châtaigne. Même si elle a quitté son berceau d’origine, cette boisson cantalienne garde farouchement son identité.

Sa robe ambrée cache bien plus qu’une simple liqueur à base de pomme et de châtaigne. Le Birlou, pour Henri Monier, son créateur, c’est tout un univers, voire même un mode de vie. Le berceau de son histoire se trouve au Veinazes, au coeur de la Châtaigneraie cantalienne, derrière le bar d’une échoppe estampillée Scène de musique actuelle (Smac). Du sirop de pomme, de la crème de châtaigne, le tout agrémenté de bière forment à l’origine ce cocktail- maison, né en 1994.

« Le Birlou comme bir pour la bière et pelou comme la bogue de châtaigne »

Il accompagne l’ambiance festive de ce lieu, sans prétention, de création artistique. Henri Monier le baptise telle sa progéniture. « Le Birlou comme bir pour la bière et pelou comme la bogue de châtaigne. » Dès lors, son jeune breuvage rencontre un franc succès.

Son créateur autodidacte décide alors d’élaborer une recette avec l’aide de Jean-Claude Monteau, à l’époque gérant de la distillerie Couderc à Aurillac, chargé de la production. Confectionnée à partir d’extraits naturels et de synthèse de châtaigne, la liqueur cantalienne commence à être commercialisée en 1998. « Je savais ce que je voulais. Alors, j’ai pris mon bâton de pèlerin et j’ai été voir les clients », se souvient son créateur. Parallèlement, tout un univers « birlouesque » prend forme.

Avec son bâton de pèlerin

Une fête nationale, des ambassadeurs, une miss Birlou élue en octobre, un groupe de musique, les Birlou’s brothers : une cohorte de fans accompagnent la boisson dont 4.000 bouteilles sont produites en 1998. Depuis douze ans, le 1er juillet, le petit village de Morjou rend hommage au Birlou lors d’une journée de fête… « nationale ». Rien que ça. « Nous remettons cinq trophées Birlou chaque année. Ils récompensent une recette, un magasin, un coup de coeur, un ambassadeur parisien et un grand ambassadeur.

 

Le Birlou à toutes les sauces - La liqueur cantalienne n’a pas qu’un tour dans son sac. Elle se décline en cocktail, dessert ou encore entremets. Lors de la fête nationale du Birlou, en juillet 2011, un concours de cocktails a démontré que le Birlou ne s’associe pas uniquement à la bière. Le lauréat : le « trou Birlou » constitué de glace à la pomme, de groseille et d’un soupçon d’estragon. D’autres candidats l’ont aussi couplé à de la grenadine et à des noisettes pilées. De plus audacieux ont osé le mélanger à de la salers, associé à un coulis de framboise. Et le Birlou flirte avec le dessert. La crème chantilly fait aussi bon ménage avec cette liqueur pomme châtaigne. Henri Monier se souvient d’une allégorie d’Auvergne au chocolat et Birlou inventée, il y a dix ans, par Jean-Marc Pourcher, toque d’Auvergne. Dôme de chocolat, croustillant et crème brûlée mentholée n’ont alors qu’un seul dénominateur commun : le fameux élixir que tous les plats s’arrachent. On l’a aussi vu s’immiscer auprès d’un fi let de poulet ou d’une terrine aux pruneaux.

 

Depuis cette année un cocktail a également été primé. » Pour tout cela, Henri Monier investit plus que le Birlou lui rapporte. « Ça m’a coûté de l’argent pendant cinq ans. A l’époque, en dessous de 25.000 bouteilles, ce n’était pas rentable. » Depuis ses débuts, le Birlou a fait son petit bonhomme de chemin en passant par le Salon de l’agriculture notamment. Toujours avec son bâton de pèlerin, Henri Monier arrive à faire médailler son protégé au concours international des spiritueux.

Mais une petite révolution a lieu au moment où la distillerie Couderc change de main en 2003. « J’ai refusé que le Birlou entre dans leur gamme de produits », précise le maître d’oeuvre. Cette année-là, Henri Monier monte sa propre entreprise de distribution : Saveurs du Veinazes. Cependant la vente auvergnate est toujours assurée par la maison Desprat.

La production du Birlou quitte le Cantal

Deux ans plus tard, le géant de Pagès Védrenne s’intéresse au Birlou. Henri Monier est invité à visiter l’outil de production à Blavozy, puis à Nuits-Saint-Georges : « J’ai vu ce qu’étaient de vrais professionnels. Ils m’ont proposé un coût de production moindre, un meilleur positionnement tarifaire et la même qualité de produit. » Et la production du Birlou quitte le Cantal. Sa société de distribution est également phagocytée par Pagès Védrenne dont il devient « une sorte d’ambassadeur des produits du Massif central ».

En Hongrie, Allemagne et Australie

Aujourd’hui, plus de 40.000 bouteilles de Birlou sont produites chaque année. « C’est une marque qui a encore un potentiel d’évolution important. Les ventes ont bondi de 18 % en 2010 », indique Henri Monier avec fierté. La boisson cantalienne s’exporte également à l’étranger. Elle traverse encore les frontières au compte goutte mais la Hongrie, l’Allemagne et l’Australie ont déjà importé quelques bouteilles. « Nous avons des demandes sur l’Espagne également. Cependant, je souhaite farouchement maintenir son identité Massif central et cantalienne. »

Pour rendre cette identité locale encore plus forte, Henri Monier travaille maintenant sur les produits à la base du Birlou et plus particulièrement sur la châtaigne : « Je viens d’acquérir trois hectares de terrain sur lesquels je viens de planter des châtaigniers. A terme, j’aimerais pouvoir utiliser ces fruits et plus largement ceux de la Châtaigneraie. » D’ici quelques années, cela sera peut-être possible. Une quinzaine de producteurs viennent de se regrouper en association. « Le but est d’évoluer vers la création d’un outil de transformation », indique cette inlassable boîte à idées. Le Birlou a quitté le Cantal pour mieux revenir à ses origines.

Emilie Aufret
Photos Christian Stavel

Soifs D'Auvergne - Décembre 2011