22 novembre 2017

La passion du vin, de pères en fille

La passion du vin, de pères en fille
Depuis 1885, l’histoire de la Maison Desprat remonte sur cinq générations depuis l’arrivée de Léa cet automne (ici aux côtés de son grand-père Jacques Desprat, parti à la retraite en 1991, et de son père Pierre Desprat, l’actuel responsable de la société familiale). © Photo Christian Stavel

Léa Desprat perpétue l’histoire familiale de Desprat Vins. Elle est la cinquième génération de cette famille aurillacoise de négociants, devenue le premier metteur en marché des vins d’Auvergne.

 

Jusqu’ici, Desprat Vins, une des plus vieilles entreprises familiales d'Auvergne, c’était une histoire d’hommes. Depuis quatre générations. De père en fils, depuis 1885 et l’ouverture du premier magasin rue des Forgerons à Aurillac. Mais en 2017, cette histoire familiale se raconte également au féminin. Depuis cet automne, Léa, la fille de Pierre Desprat, l’actuel dirigeant, a fait son entrée dans cette société de négoce de vins fins et de vins régionaux, spécialisée dans le secteur des cafés, hôtels et restaurants, mais également sur les marchés des grandes et moyennes surfaces, des comités d’entreprises et du particulier.

 

« Que voulez-vous, c’est dans mes gênes ! »

 

Quand son paternel, entré en 1982 dans l’entreprise familiale, rappelle qu’il voulait faire tous les métiers sauf celui de son père, en souvenir des étés passés à embouteiller, Léa Desprat n’est pas aussi catégorique, même si elle n’avait pas vraiment prévu d’intégrer la société. « J’ai poursuivi mon chemin sur des choses complètement différentes et je me suis organisée pour trouver ma voie, mon métier, complètement décorrélé de Desprat, du vin et de l'Auvergne », raconte-t-elle. À 18 an s, Léa quitte donc Aurillac pour poursuivre ses études à Paris. Après une école de commerce, elle traverse l’Atlantique et se pose à New York où elle se spécialise dans le commerce international « L’export et les voyages, j’aime ça. »

Rattrapée par le terroir, l'attachement filial

Globe-trotteuse, après avoir travaillé à Londres, Madrid, Barcelone et aux États-Unis, Léa s’installe à Paris où elle est embauchée au sein d’une grande société multinationale de 35.000 personnes dans le domaine de l’énergie. Une belle place dans une belle entreprise. « J’avais une grosse casquette commerciale mais pas que. » Quand son père lui demande si elle a envie de se rapprocher de ses activités, son attachement filial au vin, au terroir et à sa région la rattrapent. Il faut dire qu’entre-temps, Desprat Vins, devenu premier metteur en marché des vins d’Auvergne, a ouvert son capital à 50 % au principal producteur du Puy-de-Dôme, Saint-Verny, afin de conforter la montée en puissance d’un vignoble plein d’atouts.

Léa l’assure, elle ne s’était pas posé la question jusqu’à présent, « mais que voulez-vous, c’est dans mes gênes ! » .  « Reprendre une entreprise familiale, à mon sens, n’est pas un dû. Si Léa n’avait pas eu des compétences qui pouvaient apporter de la valeur ajoutée à l’entreprise, je ne l’aurais pas sollicitée », assure Pierre Desprat, qui espère avoir la même intelligence que son père et son oncle : quand il a rejoint l’entreprise en 1982 : « Ils m’ont foutu la paix et ne m’ont pas bridé ! ».

Au sein de Desprat Vins Saint-Verny, Léa aura son pré carré, ses prérogatives et ses responsabilités. Depuis Clermont, elle prend en charge la partie export et l'élaboration de la stratégie commerciale. Depuis quelques années, les vins d’Auvergne se retrouvent sur les tables du Royaume-Uni, des États-Unis, du Canada et même du Japon. L’export représente 25 % à 30 % du chiffre d’affaires. Elle s’occupera également de la commercialisation des côtes d’Auvergne en France. « C’est vrai que dès qu’on sort du Massif central et de Paris… soupire Pierre Desprat. Il faut savoir que seulement 6 % d’Auvergnats boivent du vin d’Auvergne. Outre le fait qu’on n’est pas fier de nos vins, on ne les boit pas et on n’en parle pas. Les Auvergnats sont les plus mauvais ambassadeurs. Pourtant, nous possédons un terroir extraordinaire. Moi, je suis très fier de proposer un vin unique en France : les raisins sont récoltés sur les volcans. Ça raconte quelque chose ! » Une histoire que Léa va désormais continuer à écrire aux côtés de son père.

Emmanuel Tremet

La Montagne 13/11/2017