13 août 2016

L’essor tranquille de la permaculture

L’essor tranquille de la permaculture

À l’heure ou l’agriculture intensive, les OGM, la chimie, ses engrais et son glyphosate ont conquis la planète, d’autres systèmes se développent en proposant un modèle radicalement différent. La permaculture en est un, qui rencontre, dans le monde, en France et en Auvergne, un succès qui lui ressemble, à l’écoute du temps, des terroirs… et des hommes.

La permaculture n’est pas qu’un modèle agricole, nous explique en préambule Pascal Tellier, vétérinaire et président de l’association auvergnate Gaïa terre vivante : « Le mot humain, vient de humus. On vient de la terre. Une civilisation qui ne met pas le biologique au centre de son organisation est vouée à disparaître ».

Sa solution, c’est la permaculture, une éthique plus qu’une technique, qui vise à permettre aux hommes de vivre en préservant leur environnement, à créer des habitats plus autonomes, durables, et une société moins dépendante des systèmes industriels.

Ainsi, il n’existe pas de recettes de permaculture : « Chaque région, chaque climat doit utiliser les techniques qui lui sont adaptées. Pour autant, certaines grandes règles sont immuables ».

Principe de partage

Le partage fait partie de ces règles, qu’applique avec bonheur Pascal Tellier : « Sur mon propre terrain, j’accueille un jardin partagé où six personnes cultivent leurs légumes, tandis que le terrain voisin nous est gracieusement confié par Auvergne Habitat et où une vingtaine de personnes appliquent les méthodes de la permaculture ».

Rien de spectaculaire ici. Des petits potagers un peu désordonnés, sans alignements, où la courgette cô­toie la betterave et la tomate. « La monoculture favorise les parasites, les plantes qui en côtoient d’autres sont beaucoup plus résistantes. Ici, la terre est enrichie de déchets verts, uniquement. Leur décomposition participe à l’humidification ».

 

« Si vous voulez un gazon anglais, impeccable, la permaculture n’est pas pour vous »

 

Joël Déat, paysagiste et membre de l’association, précise : « Si vous voulez un gazon anglais, impeccable, la permaculture n’est pas pour vous : du désherbant, des engrais, de l’eau en permanence… C’est efficace et rapide, mais si on peut supporter quelques “mauvaises herbes”, et prendre le temps de laisser pousser les plantes à un rythme normal, on obtient un gazon naturel, résistant et peu gourmand qui demande jusqu’à 90 % d’eau en moins qu’un gazon chimique ! Évidemment, dans un monde habitué à l’immédiateté, cette méthode n’est pas toujours séduisante ».

Pourtant le monde semble changer : « Je propose systématiquement à mes clients les deux formules, et les méthodes naturelles commencent à s’imposer. Même les entreprises commencent à se détourner de la chimie. Certaines m’ont même demandé des abeilles ! ».

La filière Bâtiment à basse consommation) adhère à la permaculture

Pascal Tellier surenché­rit : « Toute la filière BBC (Bâtiment à basse consommation) a adhéré à la permaculture, et de plus en plus d’agriculteurs s’y mettent. Le système productiviste qui appauvrit les terres jusqu’à les rendre incultes, et qui produit des plantes stériles qui obligent à acheter des semences chaque année, qui dépend des engrais et des pesticides, et aboutit à des produits qui n’ont plus aucun goût, arrive à son terme. Les agriculteurs ne sont pas tous devenus permaculteurs, mais la prise de conscience est là. Ils sont de plus en plus nombreux à appliquer les règles de la permaculture ». Le mouvement est en marche. Jusqu’où ira­-t-il ?

Arnaud Vernet
Photo Franck Boileau

La Montagne 24/06/2016

 

 

Le Mandala de la permaculture  

Protection de l’environnement, partage du savoir, circuits courts… La permaculture obéit à de grandes règles mais également à certaines techniques. Les buttes en sont une, d’environ un mètre de large, bordées d’allées. Elles sont composées de rondins, de branchages, de compost, de terre et d’un paillage en surface. D’une hauteur de 30 à 60 cm, elles permettent de travailler sans se fatiguer, demandent très peu d’eau et sont très fertiles. 

La culture en lasagnes est une autre méthode : dans un casier aux dimensions réduites (1 m sur 1 m), on dépose une couche de terre au fond ; du carton, plusieurs couches de déchets verts (épluchures, feuilles, herbe…) et de déchets bruns (foin, paille, bois, sciure…) et une couche de terre dessus. après décomposition, cela fait un milieu extrêmement fertile et très écologique (utilisation de déchets).