20 novembre 2017

Jeûner ou pas, telle est la question

Jeûner ou pas, telle est la question
© Photo d'illustration Thierry Lindauer

Alors que Sophie Lacoste, adepte de ces cures de repos pour l’intestin, publie ses Secrets d’un jeûne réussi, la médecin nutritionniste Laurence Plumey juge que le jeûne prolongé au-delà de 3-4 jours est une « agression pour le corps humain qui se met alors en situation de stress ».

 

Sophie Lacoste : « Remettre les pendules à l’heure »

Il y a encore 20 ans, quand elle voyait des gens s’arrêter un temps de manger, elle se demandait s’ils n’étaient pas fous.

Depuis, son discours a changé. D’abord, parce que Sophie Lacoste a beaucoup lu sur la question, à force de recevoir des témoignages de lecteurs. Puis, la rédactrice en chef du magazine Rebelle-Santé a elle­-même tenté l’expérience en 2005. « J’ai décidé de jeûner une semaine », raconte l’auteur des Secrets d’un jeûne réussi (Leduc.séditions), remis à jour. Elle reconnaît une phase « moyen sympa » lorsque les réserves de glucose viennent à manquer et que le corps bascule pour puiser dans les graisses.

« Mais après ce jeûne, je ne me suis jamais sentie autant en forme, aussi intelligente, aussi vive au travail, optimiste », explique la jeune femme, « plutôt végétarienne, plutôt bio, sans être orthorexique ». Aujourd’hui, elle se ré­jouit que le jeûne n’apparaisse plus comme un « truc d’hurluberlus » ou de « sectes ». « Même des médecins qui étaient hyper contre en sont revenus. Mettre son intestin au repos, c’est déterminant ».

Un jour par semaine, trois jours par mois… Il n’y a pas de règles, affirme-­t­-elle. « Chacun gère ». Elle a pour habitude de partir une semaine par an loin  en stage – « c’est à la mode » – pour jeûner et faire de la randonnée. Après, un jeûne, « ça se prépare », comme elle dit. Une semaine avant, il s’agit d’éliminer les excitants (comme le café et le thé) sinon, c’est le mal de tête assuré, ainsi que les protéines animales et les produits laitiers pour ne garder que fruits et légumes. La remontée, post-jeûne, se doit d’être tout aussi progressive.

Elle voit deux contre-­indications : la peur et la maladie chronique. Elle explique aussi qu’il ne faut pas jeûner pour mincir. « Mais il permet de remettre les pendules à l’heure, de revoir sa relation aux aliments. »

 

Dr Laurence Plumey : « Une agression pour le corps »

Un jour ou deux, elle « ne voit pas le mal… ». Mais au-delà du 3e -4e jour, cette médecin nutritionniste juge que le jeûne prolongé est une « agression pour le corps qui fonctionne 24 heures/24 et a besoin sans cesse de minéraux, de vitamines, de carburant ».

« Si on le prive de glucose, il va alors, explique le Dr Laurence Plumey (photo Olivier Dion), se mettre « en situation de stress et fabriquer un carburant de secours qui n’est pas naturel et va acidifier le sang. Ces corps cétoniques vont donner la sensation illusoire que c’est merveilleux car le corps fabrique alors des endorphines ». Mais ce corps va aussi « dégrader les protéines de ses muscles, puiser dans les réserves de minéraux… Les gens s’imaginent qu’ils vont nettoyer leur corps de ses impuretés mais c’est un non­-sens ».

« Ça, c’est sûr, ils maigrissent sur le moment, mais non sans dommages collatéraux et pour combien de temps ? » , s’interroge l’auteure de Sucre, gras et sel, ce que contiennent vraiment nos aliments (Eyrolles) et Comment maigrir heureux quand on n’aime ni le sport ni les légumes (Eyrolles).

Quand on se sent fatigué et qu’on a besoin de se ressourcer, il faut d’abord chercher à comprendre pourquoi, obtenir un diagnostic médical et nutritionnel, et faire une prise de sang, selon elle, pour détecter une éventuelle maladie ou des carences en vitamines C,Dou B, en calcium, en fer ou en magnésium. « Merci aux discours anti-­lait, anti­-gluten, anti­viande… Ils aboutissent à carencer les gens car personne ne leur explique comment les remplacer. »

Laurence Plumey en appelle au « bon sens ». « Pourquoi toujours aller chercher l’originalité ? Les gens ont l’impression à tort que plus la consigne sera extravagante, mieux on s’approchera du régime miracle ! Non, la réussite est plus simple et surtout plus durable ainsi : manger équilibré, contrôler sucre, gras, sel, et faire du sport. »

Florence Chédotal

La Montagne 18/11/2017